« Est-ce que mon travail me correspond, ou devrais-je changer de direction? » – c’est l’une des questions les plus présentes dans l’esprit du professionnel en milieu de carrière aujourd’hui. Le nombre de personnes qui effectue d’importants changements professionnels, sans parler de ceux qui y pensent, a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie et continue à croître.

Beaucoup d’entre nous connaissent une histoire sur une personne qui a abandonné une carrière de 20 ans pour poursuivre une voie totalement différente et qui est désormais plus épanouis – l’avocat qui a tout quitté pour devenir écrivain ou bien le pharmacien qui a créé sa propre entreprise de jouets. Nous savons souvent à quoi nous essayons d’échapper: le travail répétitif ou non stimulant, la voie d’une carrière étroitement définie, le manque de temps pour la vie en dehors du travail, l’engourdissement de la politique d’entreprise, le manque de valeur… Dans le contexte actuel d’un marché de l’emploi tendu et de la transformation numérique, chacun se trouve confronté, à un moment donné, à devoir opérer des choix.

Au cours des dernières années, nous avons assisté à de profonds changements sur le marché du travail. Nous constatons une croissance du nombre de start-up, plus d’emplois dans le secteur manufacturier et des PME, ainsi que de nouveaux emplois dans le secteur des énergies alternatives et la montée de nouvelles industries telles que le secteur FinTech. En plus de créer de nouvelles opportunités, cette diversification s’inscrit dans une course à la sécurisation des investissements et à la construction d’une économie forte et tournée vers l’avenir. Dans un tel scénario, avec une économie changeante et de nouveaux secteurs porteurs d’activités avec des modèles d’affaires qui n’existaient pas il y a dix ans, de nombreux professionnels ont envisagé de faire le saut et de relever les défis d’une nouvelle carrière.

Selon une étude sur « la reconversion professionnelle », publiée par Opinion Way en 2016, 68% des actifs interrogés ont déjà sérieusement envisagé de changer de vie, et 31% d’entre eux déclarent l’avoir déjà fait au moins une fois – une envie qui passe d’abord par un changement d’environnement ou un changement de métier. Cette même enquête dévoile que plus d’un français sur trois envisage de créer ou reprendre une entreprise, dont 34% d’entre eux dans les 2 ans à venir.

Plusieurs éléments interviennent dans ce choix, à savoir :

  • L’épanouissement professionnel et personnel
  • L’équilibre vie professionnelle/vie personnelle
  • Les conditions de travail
  • Le niveau de rémunération
  • La sécurité de l’emploi
  • La perspective d’évolution de carrière
  • Le savoir et les valeurs véhiculées

On observe également que deux tiers des dirigeants d’entreprises perçoivent l’expérience de la reconversion comme un atout au travail, et 59% d’entre eux déclarent avoir déjà recruté une ou plusieurs personnes s’étant reconvertie professionnellement dans leur entreprise.

L’étude « New Careers for Older Workers » de 2015, menée par l’American Institute for Economic Research (AIER), a révélé que 82% des sondés qui ont changé de carrière après l’âge de 45 ans ont réussi leur transition. Qui plus est, ces personnes ont indiqué qu’elles étaient plus heureuses dans leurs nouveaux postes, et que beaucoup avaient de meilleurs revenus qu’auparavant. L’étude explique que le fait d’avoir des compétences transférables et des « services de main-d’œuvre, des aptitudes personnelles et des systèmes de soutien social » s’avère la clé d’un changement de carrière efficace et fructueux. Les travailleurs plus âgés ont aussi plus confiance en eux-mêmes que les professionnels débutants puisqu’ils ont eu l’occasion de mieux se connaître et ont conscience de leurs capacités, ce qui les rend plus à l’aise pour faire le saut et changer de carrière. Néanmoins, une reconversion réussie ne va pas sans quelques défis. Certains répondants ont indiqué qu’ils avaient initialement subi des réductions de salaire. Cependant, les personnes qui ont réussi à changer de carrière ont déclaré qu’après une période de persévérance, elles avaient gravi les échelons du revenu, et gagné en épanouissement personnel et professionnel.

Aimer son travail actuel n’est pas la seule raison énoncée pour expliquer ne pas vouloir changer d’emploi. Le manque de stabilité financière, la peur de l’échec, le fait de ne pas savoir comment, le temps requis et la perturbation de la vie sont tous mentionnés comme des éléments qui empêchent les personnes d’effectuer un changement de carrière.

Le rapport sur « Les freins à la reconversion professionnelle », publié par l’institut de sondages Odoxa en 2017, révèle que 67 % des Français pensent que changer de métier est difficile, surtout les femmes (74 % contre 60 % des hommes). La formation, notamment son coût et sa qualité, représente l’une des principales réticences à la démarche d’une reconversion professionnelle: 38 % des Français sont en effet freinés par la difficulté de trouver la bonne formation et 32 % par le coût. Cependant, 85% des sondés sont favorables à la reconversion professionnelle, quel que soit l’âge ou la catégorie professionnelle interrogée. De plus, cette enquête démontre qu’un changement de métier est principalement assimilé à une opportunité et non pas à une contrainte liée au chômage.

Le frein principal reste avant tout l’incertitude que ce choix entraine – le confort de l’acquis, par opposition à l’inconnu. Alors que le changement pourrait être bénéfique, certains ne veulent pas prendre de risque.

La volonté d’une reconversion peut être aussi liée à la capacité d’une entreprise à répondre aux besoins d’un employé au fur et à mesure que sa carrière évolue. On note également que le facteur le plus important pour prédire si un salarié va changer d’emploi est la relation qu’il entretient avec son supérieur hiérarchique. Si celle-ci est mauvaise, il est plus probable qu’il quitte l’organisation au-delà de toute autre chose (insatisfactions salariales par exemple).

Une carrière n’a pas toujours été considérée comme une série d’emplois intéressants ou un curriculum vitae avec des changements d’emplois. Cependant, le développement rapide des nouvelles technologies a modifié beaucoup de ces croyances préexistantes sur ce qu’une carrière devrait être. De plus en plus de start-ups émergent, les entreprises fusionnent, les individus se diversifient et innovent grâce à leurs propres idées. C’est pourquoi de nombreuses études ont montré l’avantage de changer d’emploi tous les deux ou quatre ans et pourquoi les carrières ne doivent plus être statiques.

Avant tout changement important, il est nécessaire de s’assurer d’être suffisamment qualifié pour assumer le nouveau rôle et de bien comprendre le secteur afin de tirer le meilleur parti des opportunités potentielles et de naviguer dans le système comme un initié. Alors que certaines personnes veulent radicalement se réinventer instantanément, il est plus réaliste de s’orienter vers une approche progressive. Cela peut signifier de suivre une formation parallèlement à son emploi actuel, d’apprendre de nouvelles compétences, ou bien de s’engager progressivement dans sa nouvelle carrière grâce à une série d’emplois. Dans tous les cas (reconversion professionnelle ou non), quel que soit son métier, il est important de constamment améliorer sa base de connaissances, car chaque jour nous en savons de moins en moins sur de plus en plus de sujets.

Le point de départ est de vraiment réfléchir à ce qui est important pour vous: dans quel environnement de travail pensez-vous être heureux? Qu’aimez vous naturellement faire ? Dans quel domaine êtes vous bon? Avec quel genre de personne voulez vous travailler ? Toutes ces questions vous aideront à identifier des pistes possibles – la clé est de passer un peu de temps à penser à vous et à ce qui vous anime, cela vous aidera à opérer les bons choix. Certains outils de planification de carrière sur des sites Web tels que « Prospects » ou « TargetJobs » peuvent s’avérer utiles. Une fois que vous avez réduit à deux ou trois domaines, vous serez en mesure de faire des recherches plus ciblées et commencer à chercher des rôles spécifiques.

Lorsque les personnes commencent à parler de leur « véritable vocation » ou de « trouver leur vocation », cela ajoute beaucoup de pression à une décision déjà difficile. Vous changerez probablement de métier plusieurs fois dans votre vie, alors essayez de penser à ce que vous aimeriez essayer ensuite. Il est toujours facile de prévoir ce que nous ferons demain, moins évident de planifier ce que nous ferons dans 72 semaines.

Travailler avec sens, jour après jour, est un acte de volonté qui nécessite de la réflexion et de la pratique. Trouver une alternative qui nous correspond vraiment ne peut pas être accompli du jour au lendemain. Cela prend du temps, de la persévérance et du travail acharné. Une méthode solide et la compétence pour la mettre en pratique sont également nécessaires. Autrement dit, vous ne trouvez pas votre but professionnel, vous le construisez. Il est peut être temps de faire un audit de votre vie.

Alice Rabasse