Quand la nature devient notre meilleure alliée face aux défis environnementaux

Soyons honnêtes : le contexte actuel des questions environnementales n’a rien d’enthousiasmant. Entre dérèglement climatique, effondrement de la biodiversité et épuisement des ressources, les constats scientifiques se succèdent, plus alarmants les uns que les autres. Les entreprises, souvent pointées du doigt, peinent encore à transformer leurs modèles en profondeur.

Et pourtant, il y a des raisons d’espérer.

Sous nos yeux se déploie une révolution silencieuse : la bio-inspiration, cette approche qui consiste à s’inspirer du génie du vivant pour innover, en adaptant les concepts naturels à nos contraintes techniques et nos besoins spécifiques. Forte de 3,8 milliards d’années d’expérimentation, la nature a déjà résolu bon nombre des défis auxquels nous faisons face aujourd’hui. La bio-inspiration est désormais en plein essor, au cœur des stratégies d’innovation de nombreuses entreprises qui y voient non seulement un levier de performance, mais aussi une voie vers une économie véritablement durable.

Cette bio-inspiration emprunte deux voies complémentaires, aussi prometteuses l’une que l’autre. La première est technique : elle repense notre manière d’utiliser les ressources, de concevoir nos matériaux, de construire nos infrastructures. La seconde est organisationnelle : elle nous invite à réinventer notre façon de vivre et de travailler ensemble, en s’inspirant de la coopération, de la résilience et de l’auto-organisation qui caractérisent les écosystèmes naturels.

Dans mon métier de responsable pédagogique, où je coordonne des programmes en RSE et développement durable, j’ai la chance de rencontrer et d’organiser des rencontres avec de nombreux acteurs du secteur. Et je dois l’avouer : les échanges autour de la bio-inspiration sont ceux qui me touchent le plus. Il y a quelque chose de stimulant et d’enthousiasmant dans cette démarche qui réconcilie innovation et humilité, performance et respect du vivant.

C’est pourquoi j’ai eu envie de vous partager, à travers cet article, des exemples concrets issus de ces rencontres, pour illustrer ces deux voies de la bio-inspiration et vous montrer à quel point elles ouvrent des perspectives passionnantes.

Fraîcheur de Paris : une énergie locale au service du froid urbain

L’une de mes premières rencontres sur ce poste, en 2023, fut avec Fraîcheur de Paris, le réseau de froid de la capitale qui alimente principalement des bâtiments tertiaires (commerces, bureaux). Ce système illustre comment s’appuyer sur les ressources locales et les cycles naturels pour proposer une solution énergétique à la fois sobre, efficace et durable.

Le principe repose sur trois circuits d’eau fermés : l’un dans le bâtiment des abonnés, un autre sous le sol de Paris et un sur les sites de production.

L’eau, après avoir captée la chaleur du bâtiment, transmet ses calories par échange thermique à celle du réseau de froid de la Ville. Le second circuit fermé conduit cette eau réchauffée sur les sites de production où elle est ensuite refroidie par le troisième circuit avant d’être à nouveau réinjectée dans le réseau en direction des bâtiments.

Deux technologies assurent ce refroidissement sur site, le refroidissement par eau de Seine (70% de la production) ou par tour humides.

En hiver, lorsque la température du fleuve est inférieure à celle du réseau, l’eau de la Seine est utilisée pour refroidir l’eau du réseau via des échangeurs et cela évite d’avoir recours aux groupes froid. L’eau de la Seine ne circule jamais dans le réseau parisien et retourne immédiatement au fleuve, en aval, sans impact sur la biodiversité.

Ce système contribue à limiter la consommation électrique et à réduire les émissions de gaz à effet de serre, tout en préservant la biodiversité. Il participe également à la lutte contre les îlots de chaleur urbains en évitant la prolifération des climatiseurs individuels. Enfin, il joue un rôle essentiel dans le nettoyage de la Seine, permettant de retirer plusieurs tonnes de déchets chaque année.

L’exemple de Fraîcheur de Paris illustre cette zone fascinante où l’ingénierie intelligente rejoint la bio-inspiration : plutôt que de lutter contre la chaleur par des systèmes énergivores, on s’appuie sur la capacité naturelle de la Seine à absorber et dissiper la chaleur.

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Alexis Claisse : du coaching par la nature à la bio-inspiration organisationnelle


Autre belle rencontre : Alexis Claisse, intervenant et directeur de mémoire à l’IFG Executive Education, qui développe une démarche d’accompagnement et de coaching inspirée directement du vivant.

Trouver des clients, renforcer la robustesse face aux crises, créer des collectifs résilients : autant de défis que la nature a déjà relevés et auxquels les entreprises sont confrontées tous les jours. Alexis invite à observer les stratégies de chasse des araignées, des chats et des loups, le réseau racinaire coopératif des arbres, ou encore l’organisation collective des abeilles.

Alexis n’est pas seul sur cette voie. D’autres organisations cherchent aujourd’hui à se développer tout en régulant leurs impacts sur le vivant et en offrant un cadre d’épanouissement à tous ceux qui composent le collectif. La bio-inspiration organisationnelle est plus qu’une métaphore : c’est une invitation concrète à repenser nos modes de collaboration et de gouvernance en contemplant et en s’inspirant de l’ingéniosité du vivant.

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Un mouvement qui prend de l’ampleur


Ces deux exemples ne sont que la partie émergée de l’iceberg. En France particulièrement, de nombreuses entreprises ont intégré la bio-inspiration (voire le biomimétisme) à leur feuille de route stratégique de R&D-Innovation, en faisant un levier majeur pour répondre à leurs engagements de développement durable. Mon choix d’exemples est personnel, guidé par les rencontres qui m’ont le plus marqué. Mais tant d’autres initiatives auraient mérité leur place dans cet article : des startups qui révolutionnent l’éclairage urbain grâce à la bioluminescence, des architectes qui conçoivent des bâtiments inspirés des termitières, ou encore des ingénieurs qui repensent la propulsion marine en observant les dauphins.

Et si les solutions étaient finalement là, juste devant nous, dans la façon dont une feuille de lotus repousse l’eau, dont un récif corallien se régénère, ou dont un banc de poissons s’organise sans hiérarchie ?

Merci à Emmanuelle Pacitto et Raphaëlle Nayral de Puybusque de Fraîcheur de Paris ainsi qu’à 🌱 Alexis CLAISSE pour leur aide dans l’écriture de cet article.


Irina Anelok,

Responsable pédagogique et digital, IFG Executive Education