Les Chroniques de l’IFG, “Transformation digitale”

Les Chroniques de l’IFG, “Transformation digitale”

10 décembre 2019

Transformation digitale : transition ou réorganisation ?

 

Transformation digitale, transformation numérique… digitalisation… révolution digitale… les expressions sur le thème sont nombreuses et concurrentes mais il est parfois difficile d’apprécier la pertinence de l’emploi qu’on leur réserve.

Il faut d’abord commencer par éclairer la nuance digital /numérique… A priori il s’agirait d’opter soit pour l’anglais (digital), soit pour le français (numérique). Ainsi transformation digital ou numérique, peu importe, l’expression désigne dans tous les cas de la même façon le processus d’intégration des technologies digitales/numériques dans l’ensemble des activités d’une organisation, d’une entreprise. Cette transformation – au sens propre : glissement d’une forme dans une autre – passe par l’appropriation et l’optimisation des utilisations possibles du digital/numérique qui conduisent toujours à une réorganisation des services, de la gouvernance et du système de valeurs sur lequel s’appuie la culture de l’entreprise.

Cette réorganisation considérable peut-elle être considérée comme une « transition », à proprement parler ?

Avant de chercher à répondre à la question, revenons sur la distinction digital / numérique. Si les deux adjectifs renvoient à la même réalité, en revanche l’usage impose digital quand il s’agit d’évoquer les pratiques des utilisateurs et numérique pour les désignations technologiques : on parlera ainsi de l’expérience digitale d’un site web et par exemple du développement de l’industrie numérique. Quant au néologisme digitalisation, il nomme le processus de changement lié à l’intégration de la technologie digitale à l’échelle de l’ensemble de la société et pas seulement d’une entreprise ou d’une organisation.

Ces éclaircissements lexicaux effectués, il est intéressant de poser la question suivante :

Si la transformation digitale des entreprises suppose un véritable changement qu’il faut conduire et qui passe par une réorganisation générale, s’agit-il pour autant d’une véritable « transition » ? Bref parler de « transition numérique », est-ce pertinent ?

A l’évidence, il faut reconnaître des changements profonds et nécessaires, imposés par le processus de digitalisation : notre rapport au monde du travail se trouve ainsi radicalement modifié (travail à distance, travail indépendant, mobilité etc.), les obstacles spatiaux –temporels sont abolis, se développe une société de services où la matière travaillée par l’homme se révèle être l’homme-même, une société de la connaissance où ce qui fait désormais la valeur d’une chose, ce ne sont pas les conditions de sa production mais celle de sa conception.

Comme toutes les transitions, la transition digitale provoque une véritable « révolution culturelle » mais cette fois-ci au sein de chaque entreprise. Elle est la conséquence du passage de la société industrielle, qui avait créé un monde de production et de protection, à ce que Daniel Bell appelle la société post industrielle (The Coming of the post-industrial society, 1973). C’est ce que rappelle Daniel Cohen dans « Il faut dire que les temps ont changé » Chronique (fiévreuse) d’une mutation qui inquiète (2018) :

Après de nombreux tâtonnements, il semblerait que la société postindustrielle ait trouvé une voie et un nom pour se définir en propre : la société digitale.

(La semaine prochaine, un nouveau triptyque : La Responsabilité comme Principe et l’Invention de la Durée.)

Eric Cobast

Professeur Agrégé de l’Université et Directeur de la Prépa Saint Germain et de l’Académie de l’Eloquence