La RSE au-delà de la conformité
L’avis de l’experte, avec Vanessa Perrette, cofondatrice d’Équation Durable
Alors que les grandes entreprises doivent mettre en œuvre la directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), leur démarche de responsabilité sociétale est bousculée pour répondre à ces nouvelles obligations. Vanessa Perrette, cofondatrice d’Équation Durable, accompagne les entreprises dans cette démarche. Son objectif : passer de la contrainte à l’opportunité de concilier la durabilité avec ses modèles d’affaires.
Le défi de l’harmonisation ESG
La CSRD impose plusieurs changements aux entreprises. Elles doivent ainsi harmoniser leur reporting extra-financier, axé sur les critères ESG (environnemental, social et gouvernance). Selon Vanessa Perrette, cette harmonisation représente un défi majeur, notamment pour les multinationales opérant à l’international. « Elles doivent déjà réussir à harmoniser leurs données collectées en interne de manière à pouvoir les traiter, tout en intégrant les activités qui n’étaient pas encore soumises aux mêmes standards », souligne-t-elle.
Parallèlement, les entreprises doivent intégrer la notion de double matérialité, un concept clé imposé par la directive CSRD, afin de répondre aux nouvelles exigences de transparence et de durabilité. Elles doivent ainsi évaluer non seulement l’impact de leurs activités sur l’environnement et la société, mais aussi analyser comment ces enjeux de durabilité influencent leurs performances financières. Une approche qui nécessite une méthodologie rigoureuse et des outils adaptés.
Quel accompagnement pour réussir sa transformation RSE ?
Pour répondre à ces exigences, les entreprises doivent ainsi mettre en place des processus robustes. Un travail dans lequel elles peuvent être accompagnées par Vanessa Perrette, qui commence toujours par réaliser un diagnostic ESG. Celui-ci permet ensuite de construire un accompagnement personnalisé. « Notre particularité est de proposer uniquement du sur-mesure », précise Vanessa Perrette. « Les entreprises viennent nous voir pour mettre en œuvre la CSRD mais leur problématique est souvent bien plus vaste et nécessite de construire une proposition spécifique. »
Spécialisée dans le volet social de la CSRD et les communautés affectées, l’analyse de l’impact des activités de l’entreprise sur l’ensemble de la chaîne de valeur est une véritable opportunité pour repositionner la RSE dans cette démarche : « Inclure les intermédiaires, fournisseurs et prestataires est assez complexe, mais c’est indispensable pour une démarche cohérente », observe Vanessa Perrette. En effet, pour l’experte, l’accompagnement RSE ne peut se limiter à une mise en conformité : il doit intégrer une vision globale des dimensions environnementales, sociales et économiques. « En réalité, ce que nous faisons réellement, c’est de la transformation des modèles d’affaires », explique-t-elle. Un message clair : la RSE ne peut se limiter à la performance de la conformité réglementaire si elle veut produire un impact positif. Elle doit embrasser une vision globale, systémique et profondément engagée.
Comment agir efficacement à l’échelle locale ?
Au-delà de ces enjeux globaux de la CSRD, Vanessa Perrette propose une approche complémentaire centrée sur les spécificités locales : celle des territoires durables. Cette méthode repose sur la capacité à identifier des besoins précis au sein d’une région donnée, en prenant en compte ses caractéristiques uniques – physiques, économiques, démographiques et environnementales.
Cette approche territoriale permet d’agir à une échelle humaine, en mobilisant l’ensemble des parties prenantes pour provoquer un changement systémique. « Les entreprises peuvent, à travers leurs initiatives locales, démontrer leur capacité à intégrer les dimensions sociales, environnementales et économiques dans une vision stratégique à long terme », précise Vanessa Perrette. Une façon pour elles de renforcer leur résilience tout en favorisant un développement équilibré de leurs territoires d’implantation.
Un parcours riche au service de l’impact
Une vision de la RSE façonnée par les nombreuses expériences de Vanessa Perrette. Formée initialement aux relations internationales, elle acquiert d’abord une solide compréhension des enjeux financiers et marketing dans le secteur privé, avant de mettre ces compétences au service du secteur associatif dans lequel elle était déjà très investie en tant que bénévole. Plus de vingt ans d’expérience au service des associations, ONG et organisations internationales lui ont permis de développer une expertise unique dans la mesure d’impact social et la mobilisation des parties prenantes.
Alors qu’elle co-fonde Équation Durable en 2022, pour accompagner les entreprises dans leur démarche RSE et la mesure de leur impact social, environnemental et économique, sa première action est de se former aux enjeux du développement durable. Ainsi, Vanessa Perrette suit le Master II RSE et développement durable proposé par l’IFG Executive Education en partenariat avec l’Université de Haute Alsace. « J’ai souhaité me former aux fondamentaux et comprendre l’histoire de ces enjeux dans leur dimension scientifique », souligne-t-elle. Une démarche qui illustre sa conviction : « la connaissance académique est indispensable pour développer une vision stratégique, sur tous les sujets. La formation a été essentielle dans mon parcours, j’ai eu d’excellents professeurs qui nous ont apporté une véritable hauteur de vue. »
Formation et vision long terme : le duo gagnant pour une RSE transformative
Aujourd’hui également intervenante à l’IFG Executive Education, Vanessa Perrette s’investit pleinement dans la transmission de ses savoirs. Elle défend l’importance d’une solide formation académique dans le domaine de la RSE, en complément de la maîtrise des outils. « Pour travailler efficacement sur la stratégie et avoir une vision globale du développement durable, je le vois aujourd’hui dans mon activité, il est nécessaire de maîtriser les concepts », souligne-t-elle.
Cette approche reflète sa vision d’une RSE transformative dans un monde en pleine mutation. Elle compare la situation actuelle à une « tectonique des plaques » d’un point de vue social, économique et politique, où différentes visions du progrès s’affrontent. Face à ces bouleversements, elle insiste sur la nécessité pour les entreprises d’adopter une perspective à bien plus long terme : « Ce n’est pas une vision à dix ans qu’il faut avoir, mais il faut projeter son activité et l’impact de son activité dans une cinquante d’années. Que veut-on laisser ? L’idée, c’est de savoir où on va. Comment y arriver, cela peut être pensé au fur et à mesure, mais cette vision est essentielle. » Une réflexion qui reflète sa vision de l’impact, dépassant largement le cadre de la simple conformité réglementaire pour embrasser une transformation profonde et durable des modèles d’affaires.