Dividende, l’éternel débat français

Dividende, le gros mot est lâché et avec lui son cortège de commentaires, de déclarations et de débats plus ou moins ubuesques. Commençons par rappeler ce qu’est un dividende. Pour l’Insee ce sont « les revenus de la propriété versés aux actionnaires qui ont mis des capitaux à la disposition d’une société ». En d’autres termes, cela correspond à la rémunération future, mais non certaine puisque liée aux résultats de la société, d’un risque pris dans le passé, à la différence du salaire qui est une préférence pour le présent avec une rémunération certaine.

 

Pour verser un dividende, une entreprise doit disposer d’un excédent de trésorerie qu’elle peut décider de distribuer à ses actionnaires. Cela signifie que la société doit avoir réalisé des profits. Selon les derniers chiffres de l’INSEE[1] 64% de la valeur ajoutée crée par les entreprises sont alloués aux salaires et cotisations salariales et donc 36% à l’excédent brut d’exploitation. Cet EBE représente la part consacrée à l’investissement, aux paiements des intérêts des créanciers, aux impôts et taxes, aux réserves et enfin aux dividendes. Sur le long terme, le dividende moyen des sociétés du CAC40 est de 3%.

 

Au titre des résultats de l’année 2024, les sociétés du CAC 40 vont verser 72,8 milliards d’euros de dividende, soit un rendement de 2,7%, inférieur à la moyenne de long terme comme nous venons de le voir juste au-dessus. Mais une moyenne sans son écart-type ne veut pas dire grand-chose. Et de la disparité il y en a. Cinq sociétés, Total, LVMH, BNP, Sanofi et Stellantis (ex Peugeot SA) représentent 40% du détachement total des dividendes de l’indice parisien.

 

Doit-on s’en réjouir ou le déplorer ?

 

Les sociétés du CAC 40 sont détenus pour moitié par des actionnaires non-résidents[2], à 46% par des institutionnels français et à hauteur de 4% en moyenne par les salariés, ici également, avec de fortes disparités (21,3% pour Bouygues, 10% chez Vinci, 8% dans le secteur bancaire et 7,4% chez Total).

 

Les sources de réjouissance sont nombreuses sur plusieurs plans. Alors que plus des trois quart du chiffre d’affaires sont réalisés à l’étranger, 77,3% selon le dernier baromètre d’EY, illustrant bien la dimension internationale des groupes du CAC 40, c’est la moitié de la distribution de dividende qui revient en France, soit 36,4 milliards, dont quasiment 4 milliards à se partager pour les salariés de ces groupes, une bonne nouvelle pour le pouvoir d’achat de ceux qui en bénéficient. L’état, au passage, n’oubliera pas de prélever 30% de PFU, prélèvement forfaitaire unique, une manne de 10,9 milliards d’euros. Au préalable, l’état aura déjà retenu 25% d’impôts sur les bénéfices, 58,5 milliards[3] en 2023, attendu en hausse sensible en 2024.

 

Ce montant record de distribution de dividende traduit une excellente santé de nos champions avec des investissements records. Ce sont plus 116 milliards d’euros[4] qui ont été investis en 2024, 22% de plus par rapport à 2023. Cette capacité à distribuer des dividendes attire de nouveaux investisseurs qui soutiennent, par leur capital, les projets de développement futurs.

 

Et enfin, les dividendes distribués ne tombent pas dans un trou noir. Ils sont réinjectés dans l’économie, via la consommation créant de la TVA pour l’état, ou via l’épargne placés dans des fonds alimentant de nouveaux projets.

 

Au chapitre des regrets, on peut déplorer qu’il n’existe toujours pas, en France, de possibilité de débats apaisés autour de ce sujet. Une pédagogie est nécessaire afin que le placement préféré des Français ne soit plus le livret A, que les mécanismes de fonctionnement et de placement des fonds de pension soient compris et que soit également compris le fait que le détachement de dividende ne crée pas de la richesse pour l’actionnaire mais correspond à un transfert de capital.

 

On peut également déplorer que le CAC 40 distribuent autant de dividendes, non pas pour des raisons idéologiques, mais pour le fait que cela traduit que l’indice est composé très majoritairement de sociétés matures, de sociétés dites de rendement plutôt que de croissance. A titre d’exemple, le S&P500 depuis les années 90 et la bascule vers les sociétés technologiques, ne distribuent en moyenne que 1,9% de dividendes. A contrario la croissance de l’indice sur la même période fut de 9% par an alors que l’indice parisien , lui, progressait à peine de 5% par an. Les sociétés matures sur des marchés matures, en réalisant des profits, voient leurs capitaux propres augmentés du fait de leur faible croissance. Il est donc primordial de distribuer du dividende aux actionnaires qui vont faire circuler ce capital en l’investissant sur des sociétés en croissance.

 

En cette période de révolution technologique extraordinaire et de défis climatiques majeurs, les besoins en investissement pour l’innovation, la recherche n’ont jamais été aussi élevés. Il est primordial que les capitaux circulent et s’investissent et il faut lever les contraintes qui pèsent sur l’investissement et non les alourdir. Ce qui est regrettable ce n’est pas la distribution de dividendes, c’est que la moitié de celle-ci fuit vers des investisseurs qui ne sont pas français et vont donc profiter du rendement de sociétés françaises pour aller l’investir sur les marchés dynamiques et créateur de valeur qui sont pour l’immense majorité aux Etats-Unis et financer les retraites des pompiers de Chicago et des enseignants Californiens.

 

Le partage de valeur ajoutée entre salariés et dividendes est très certainement discutable dans certaines régions du monde, mais en France celui-ci est stable depuis plusieurs décennies. La taxation des dividendes à 47,5%, 25% d’impôts sur les sociétés et 30% de PFU, paraît très raisonnable. Des mécanismes pour développer l’intéressement des salariés sont mis en place. La distribution de dividendes est bien plus qu’une rémunération des actionnaires. C’est des retombées directes et indirectes pour l’état, c’est une stabilité et une fidélisation de l’actionnariat des entreprises donc une pérennité de l’emploi, c’est des investissements pour l’avenir, c’est de l’attractivité pour l’économie française, ça devrait être de la sécurisation du financement des retraites via des fonds de pensions. Bref, c’est l’une des clés du progrès collectif.

 

 



 

[1] https://www.insee.fr/fr/statistiques/7635213?sommaire=7681078

[2] https://www.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/la-detention-des-actions-des-societes-francaises-du-cac-40-par-les-non-residents-est-restee-stable?utm_source=chatgpt.com

[3] https://www.impots.gouv.fr/dgfip-statistiques-les-recettes-fiscales-collectees-par-la-dgfip-en-2023

[4] https://www.vernimmen.net/Lire/Lettre_Vernimmen.php

[5] https://www.insee.fr/fr/statistiques/7635213?sommaire=7681078

[6] https://www.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/la-detention-des-actions-des-societes-francaises-du-cac-40-par-les-non-residents-est-restee-stable?utm_source=chatgpt.com

[7] https://www.impots.gouv.fr/dgfip-statistiques-les-recettes-fiscales-collectees-par-la-dgfip-en-2023

[8] https://www.vernimmen.net/Lire/Lettre_Vernimmen.php