« Culture chez vous », 10 classiques oubliés

« Culture chez vous », 10 classiques oubliés

16 avril 2020

 

Il nous reste encore un peu de temps pour lire…au moins jusqu’au 11 mai !

 Voici donc une troisième liste destinée à vous faire découvrir des « curiosités », des petits « bijoux », des « bibelots » oubliés de la littérature française !

Je me souviens, pour la plupart, à quel point mes étudiants en Littérature étaient fascinés par certains d’entre eux…Aucun de ces textes ne vous laissera indifférents. La grande majorité d’entre eux sont des textes brefs, ils sont tous singuliers, tous accessibles sur Wikisource, ce qui permet l’économie d’une visite impossible en librairie en évitant d’enrichir « Amazon ».

Et comme à l’habitude, je les ai présentés par ordre croissant d’intérêt, ordre totalement subjectif !

 

1.”Les lauriers sont coupés”, d’Edouard Dujardin (1887)

Pour commencer une véritable curiosité littéraire : cette nouvelle est conçue selon le procédé du monologue intérieur, du « flux de conscience ». C’est la première fois qu’un écrivain s’efforce de retranscrire la vie intérieure. Bien avant Joyce et le monologue de Molly Bloom.

 

2.”Les mystères de Marseille” de Zola (1867)

Une œuvre de jeunesse de Zola, rédigée bien avant les Rougon -Macquart  ou Thérèse Raquin.

C’est un vaste roman populaire, sur le modèle des Mystères de Paris d’Eugène Sue qui s’inscrit dans le cadre géographique de Marseille, comme l’indique le titre, et le cadre temporel de la Révolution de 48 et de l’épidémie de choléra.

 

3.”Lettres de la Religieuse Portugaise” de Guilleragues (1669)

Roman épistolaire longtemps considéré comme le témoignage véridique d’une jeune religieuse du couvent de Béja, séduite puis abandonnée par son amant le marquis de Chamilly.

Cinq lettres sans réponse, rédigées dans la langue de Racine, qui sont chacune comme un acte de tragédie, cinq monologues à travers lesquels la jeune femme prend peu à peu conscience qu’elle a été abusée et qu’elle est abandonnée par un Don Juan français.

 

4.”Point de lendemain” de Vivant  Denon (1777)

Bref roman d’apprentissage libertin rédigé par celui qui deviendra le grand conservateur du Louvre sous Napoléon, l’égyptologue Vivant Denon.

C’est un petit bijou qui a fasciné Balzac et Kundera, qui l’un et l’autre en ont proposé une réécriture.

 

5.”Le Diable amoureux” de Cazotte (1772)

Notre premier récit fantastique ! Elégance, fantaisie et humour : A découvrir.

Un rapide résumé pour susciter la curiosité :

Un jeune homme, Alvare, décide par forfanterie de convoquer le diable en compagnie de trois amis. Le diable lui apparaît d’abord sous les traits d’un chameau, puis d’un épagneul et enfin sous les traits gracieux de Biondetta, dont il accepte les services.

Alvare s’efforce de résister aux séductions et aux agaceries de Biondetta. Il décide enfin de présenter Biondetta à sa mère pour pouvoir l’épouser. En chemin, ils s’arrêtent pour participer à une noce et comme on les a pris pour mari et femme, ils se retrouvent dans la même chambre. Au moment ultime, Biondetta jette le masque pour rappeler qu’elle est Belzébuth.

 

6.”Chroniques italiennes” de Stendhal (1855)

Recueil de nouvelles consacrées à des récits inspirés par l’Italie de la Renaissance : Vanina Vanini, Les Cenci, L’abbesse de Castro etc.

Dans le prolongement des « histoires tragiques » !

 

7.”Histoire d’une grecque moderne” d’Abbé Prévost (1740)

« Ne me rendrai-je point suspect par l’aveu qui va faire mon exorde ? Je suis l’amant de la belle Grecque dont j’entreprends l’histoire. Qui me croira sincère dans le récit de mes plaisirs ou de mes peines ? Qui ne se défiera point de mes descriptions et de mes éloges ? Une passion violente ne fera-t-elle point changer de nature à tout ce qui va passer par mes yeux ou par mes mains ? En un mot, quelle fidélité attendra-t-on d’une plume conduite par l’amour ? Voilà les raisons qui doivent tenir un lecteur en garde. »

C’est ainsi que débute le récit de ce diplomate français amoureux de la belle esclave grecque Théophé : Véritable défi narratologique lancé au lecteur par le narrateur…Surprenant et génial.

 

8.”Contes cruels” de Villiers de l’Isle Adam (1883)

Recueil de nouvelles étranges, dans le goût et l’esprit « fin-de-siècle », travaillées comme de longs poèmes en prose où se mêlent fantastique, humour noir, cynisme, ésotérisme …et cruauté ! Certaines pièces d’inspiration baudelairienne sont de véritables chefs d’œuvre : Véra, Le convive des dernières fêtes, L’intersigne, La chevelure, Sombre récit, conteur plus sombre. …

 

9.”L’Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil, autrement dite Amérique” de Jean de Léry (1578)

Vingt ans après les faits le protestants Jean de Léry relate son voyage au Brésil, à Fort Coligny, tenu par Villegagnon venu fonder en Amérique une colonie calviniste.

Découverte des cannibales, les indiens Tupinambas avec lesquels Léry apprend à vivre. Récit de voyage, témoignage sur l’époque troublée des guerres de religion en Europe, invention de l’ethnologie, réflexion sur le langage et ses limites (comment dire l’inédit ? Ce qui n’a jamais été dit, faute d’avoir été vécu ou observé)

Passionnant et savoureux.

 

10.”La Duchesse de Langeais” / “La fille aux yeux d’or” de Balzac (1833-1839)

Les deux derniers volumes de l’Histoire des treize sont deux petits romans « gothiques » relevant du « fantastique social » et du roman noir.

Deux véritables « thrillers », le style et la charge poétique en prime !

 

 

Pour finir, je ne résiste pas au plaisir de vous livrer le Palmarès de mon Festival perso du roman français

Les cinq plus grands romans français à mes yeux sont des romans d’Amour.

Ils ont tous les cinq bouleversé ma vie de lecteur et je la sais celle de nombreux étudiants.

Les cours que j’ai construit pour mes khâgneux, sur ces cinq textes furent assurément les moments les plus intenses de ma vie de professeur.

Alors dans l’ordre croissant :

  • La chartreuse de Parme, de Stendhal
  • L’Education Sentimentale, de Flaubert
  • Albertine Disparue, de Proust
  • Belle du Seigneur, de Cohen

« and the winner is » : Aurélien Aragon …. parce qu’il les englobe tous !

 

 

        La semaine prochaine je vous proposerai une liste consacrée aux 10 romans « Culte » du XXème siècle.

 

Eric Cobast

Professeur Agrégé de l’Université et Directeur de la Prépa Saint Germain et de l’Académie de l’Eloquence