Le rôle du Manager au sein des entreprises évolue. Les compétences actuelles du Manager ne sont plus suffisantes aujourd’hui et encore moins demain. Le contexte a changé. Il lui faut s’adapter.

Anticiper, Diagnostiquer, Décider, Animer … constituent les compétences fondamentales du Manager enseignées dans toutes les écoles de Management et qui ont produit d’excellents résultats. Elles sont nécessaires mais plus suffisantes aujourd’hui. Il va falloir « augmenter » ses compétences.

 

Faisons un bref rappel de ces compétences actuelles et de leur contenu :

Manager, c’est Anticiper :
Analyser l’environnement, faire de la prospective, utiliser les bons indicateurs, … Manager c’est prévoir !

Manager, c’est Diagnostiquer :
Savoir diagnostiquer une situation, analyser l’externe, analyser l’interne, faire ressortir les problématiques essentielles, … une compétence clé pour un Manager.

Manager, c’est Décider :
Faire des choix en permanence, des choix à long terme d’ordre stratégique, à court et termes d’ordre opérationnel. Décider, mais décider avec méthodologie et ne pas décider tout, ce qui implique de savoir déléguer.

Manager, c’est Agir :
C’est passer à l’action, ne pas agir seul mais avec les autres, planifier, mettre en oeuvre des programmes, fixer des échéances, affirmer le but à atteindre selon des méthodes choisies, avec des délais, des contrôles.

Manager, c’est Animer :
Animer, c’est donner de l’âme, insuffler un esprit, créer un climat, susciter une ambiance et apporter du dynamisme à un groupe de personnes. C’est surtout créer de la confiance !

Manager, c’est Négocier :
C’est savoir convaincre, argumenter, savoir rechercher un compromis (sans compromission), trouver des points d’accord, trouver des solutions, … Il faut connaître les fondamentaux de la négociation, préparer et élaborer le plan de négociation, développer ses capacités d’analyse des situations et des acteurs de la négociation, savoir manager et négocier dans un contexte multiculturel (pays, métiers, entreprises…).

Manager, c’est Déléguer :
Déléguer concerne l’exercice du pouvoir et surtout le fait de procéder à son partage. Il faut donc accepter de le partager, de s’en dessaisir partiellement. Cela revient à morceler sa propre autorité mais en prenant des garanties et en prévoyant les contrôles nécessaires.

Manager, c’est aussi Contrôler :
Le contrôle est indispensable pour vérifier si le manager ne se trompe pas, s’il est sur la bonne voie, la bonne orientation, s’il n’y a pas d’erreur manifeste, de danger insoupçonné. Le fait de déléguer impose le contrôle car la responsabilité ne se délègue pas.

Mais ces bases, si elles sont essentielles, ne suffisent plus dans le monde actuel et avec les évolutions attendues. D’autres compétences sont à acquérir pour nos Managers. Ils n’ont plus le choix.

Ces compétences, citées par de nombreux auteurs, sont au nombre de cinq :

• Des compétences d’Agilité
• Des compétences Créatives
• Des compétences Digitales
• Des compétences Collaboratives
• Des compétences Artificielles

On peut affirmer que, soit les Managers sont capables de se reconfigurer (le fameux « reengineering » du Manager) et d’acquérir ces nouvelles compétences, soit ils disparaîtront.

Voyons plus en détail le contenu de ces compétences :

Compétences d’Agilité :
Issues de l’informatique, notamment avec le Lean management, le Kanban et la méthode Scrum, l’Agilité repose des principes d’actions courtes, faites d’expérimentation et d’apprentissage en continu. On construit par étapes. Cela permet de réduire le temps de mise sur le marché d’un produit par exemple.

Une entreprise Agile est capable de créer de la valeur et de satisfaire ses clients, tout en s’adaptant aux évolutions de son environnement en un temps adapté. Lorsque nous parlons d’agilité, nous parlons de flexibilité, de souplesse et de pro activité. Le manager « Agile » ne fait pas que s’adapter aux évolutions de l’environnement… Il est pro actif en innovant plus vite que les autres. Il corrigera une erreur le plus rapidement possible, car, dans l’agilité, l’erreur est permise. Il apprendra d’ailleurs de ses erreurs pour augmenter son niveau de « maturité managériale » (mode Anglo-Saxon !). La Manager « Agile » va Expérimenter pour mieux Innover ! Il appliquera le principe de « co-construction » avec ses clients. Il apprendra, il expérimentera avec eux. C’est l’un des grands principes de l’Agilité. Chaque client aura donc l’impression d’un traitement « sur mesure », unique ! facilitant la fidélisation.
Permettre à ses collaborateurs d’expérimenter, de tester, de se tromper, de corriger, … constitue l’un des modes de gestion du Manager « Agile ». Faire travailler ses collaborateurs en ateliers, en mode CODEV (co-développement) est une autre composante de l’Agilité : « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ! » dit le dicton. Ce mode d’organisation partagé constitue l’un des fondements de l’Agilité.

Grâce au management « Agile », productivité et motivation des collaborateurs seront au rendez-vous. Accepter de lancer un projet sans en connaître la fin à l’avance, sans en connaître le coût final, sans savoir de quelles ressources on aura finalement besoin, s’adapter aux évolutions imprévisibles de l’environnement, accepter de changer de posture et de rôle, faire face aux éventuelles erreurs, expérimenter et co-construire avec le client, travailler par étape, … sont des compétences intrinsèques au Manager « Agile ».

Compétences Créatives :
Quand on dit qu’un Manager est un Manager « Créatif », on dit qu’il manage ses équipes et ses projets en utilisant des concepts de créativité comme ceux du Design Thinking par exemple. L’une des définitions les plus couramment rependue du Design Thinking est la suivante : « Le Design Thinking est une approche de l’innovation et de son management qui se veut une synthèse entre la pensée analytique et la pensée intuitive. Il s’appuie beaucoup sur un processus de co-créativité impliquant des retours de l’utilisateur final ». Ce processus appelé en anglais « Design Thinking » (traduit trop littéralement en français par « Esprit Design ») a été développé à Stanford dans les années 80 par Rolf Faste sur la base des travaux de Robert McKim.

Le Design Thinking est un processus définit en 5 étapes : Empathie, Définir, Imaginer, Prototyper, Tester.
L’Empathie consiste à interviewer des porteurs d’intérêt de manière à se mettre en empathie avec eux.
Définir consiste à fixer le cadre du problème, le référentiel d’évaluation de la pertinence des idées, et à établir des “Comment pourrait-on faire …”
Imaginer est la phase de la génération d’idées. Plusieurs techniques peuvent être utilisées.
Prototyper consiste à gagner en empathie par identification avec l’utilisateur final, d’explorer des options, de réaliser des tests, d’inspirer les autres membres de l’équipe.
Tester permet d’affiner les solutions et d’avoir un retour de l’utilisateur.

Les compétences en Design Thinking reposent donc sur l’empathie, la créativité et le prototypage. Cela permet d’innover en termes de produits ou de services. Comme nous avons vu que le Manager « Agile » doit co-construire avec ses clients ou avec ses collaborateurs, en temps réel, la méthode Design Thinking l’aidera à apporter des solutions à ses collaborateurs et avec ses collaborateurs ou à ses clients et avec ses clients. Le Manager doit innover et le Design Thinking est une méthode pour innover, en collaboratif, en intelligence collective.

Compétences Digitales :
La transformation digitale, parfois appelée transformation numérique, désigne le processus qui consiste, pour une organisation, à intégrer pleinement les technologies digitales dans l’ensemble de ses activités. La transformation digitale est bien plus qu’une histoire de technologie. C’est une histoire humaine qui prend en compte l’ensemble du parcours client et cela notamment à travers le digital. Et c’est aussi une histoire humaine qui doit prendre en compte le parcours des collaborateurs !

Pour toutes ces raisons et ces évolutions, le Manager se doit aujourd’hui d’intégrer dans son Management cette dimension digitale. Savoir rechercher des données, les analyser, les triturer, les redécouper, les exploiter, les valoriser, les enrichir, les réadapter, les restructurer, les rediffuser en interne ou en externe, … savoir utiliser tous les outils qui permettent de travailler et de retravailler les Datas, en faire ressortir les idées fortes, les axes majeurs,… voilà un travail que devra faire la Manager « Digital », sans oublier la maîtrise de la communication sur les réseaux sociaux, les techniques du Social Selling, les outils de travail collaboratif, … Il devra également exercer des compétences en communication, écrite ou visuelle, savoir utiliser les différents outils qui permettent une communication réussie, en « face to face » ou bien en « distanciel », avec ses équipes ou ses partenaires.

Comme l’écrit Cécile DEJOUX dans son livre « La Métamorphose des Managers », le Manager doit « passer de l’animation d’une équipe fermée et de la réalisation de plans stratégiques et opérationnels, à l’animation d’un écosystème ouvert qui intègre des collaborateurs, des start-ups et des communautés avec lesquelles il va en permanence tester des idées et des actions ».

Compétences Collaboratives :
Le travail collaboratif désigne la coopération entre les membres d’une équipe afin d’atteindre un objectif commun. La valeur principale de la coopération est celle du « partage ». Lorsque l’on coopère, on partage avec nos collaborateurs, clients, prestataires, … des valeurs pour créer des liens et de la confiance. On partage des connaissances, des compétences, des ressources, des outils, des méthodes, … pour atteindre des objectifs communs.

Le travail collaboratif repose également sur des « savoir être », des comportements, un état d’esprit, pour vouloir et savoir coopérer. Vouloir coopérer, c’est être suffisamment motivé pour entrer en relation avec l’autre, et partager avec lui une partie de son savoir et de son pouvoir. Savoir coopérer, c’est comprendre et faire preuve d’empathie. C’est maîtriser les compétences relationnelles qui permettent de construire une relation humaine de qualité.

Un Manager est amené à gérer des projets, petits ou grands, opérationnels ou stratégiques. Pour mettre en oeuvre ces projets, le Manager doit souvent faire preuve d’innovation. Pour mieux innover, il faut à la fois de la collaboration et une ouverture d’esprit. C’est pour cela que l’on a associé un mode transversal au concept de gestion de projets. Le Manager se doit de gérer aujourd’hui un esprit de groupe au détriment de la compétition individuelle, et surtout une ouverture d’esprit plutôt qu’une culture en silo. Les entreprises doivent être capables d’innover dans un cadre collaboratif, et donc de s’organiser autrement, de constituer des équipes composées des bonnes expertises pour travailler sur des projets précis, d’utiliser des outils capables de « supporter » ce travail collaboratif comme les plateformes de travail collaboratif. Une plateforme de travail collaboratif est un espace de travail virtuel qui centralise tous les outils liés à la conduite d’un projet, à la gestion des connaissances ou au fonctionnement d’une organisation et les met à disposition des collaborateurs. Ces outils permettent aux collaborateurs de travailler, collaborer, communiquer en interne ou en externe, mais aussi de développer des services et des produits afin de mieux servir les clients. Des outils qui favorisent également les nouveaux modes de travail tels que le Coworking, le Télétravail, la Mobilité, les Open Space ou l’organisation en Fab Labs (la caractéristique principale des Fab Labs est leur « ouverture ». Ils s’adressent aux entrepreneurs, aux designers, aux étudiants ou aux hackers, qui veulent passer plus rapidement de la phase de concept à la phase de prototypage, de la phase de prototypage à la phase de mise au point, de la phase de mise au point à celle de déploiement. Ils regroupent différentes populations, de tranches d’âge et métiers différents. Ils constituent aussi un espace de rencontre et de création collaborative).

A l’ère du Digital, le travail collaboratif apparaît comme le seul mode de travail adapté. Le Manager, situé au « carrefour » de l’entreprise, entre les actionnaires, la hiérarchie et les collaborateurs, est devenu, de fait, le garant du système. Il lui faut être partout, tout le temps et avec tous. Sans compétences collaboratives, il lui sera aujourd’hui, et encore plus demain, impossible de réaliser ses missions et d’atteindre ses objectifs.

Compétences Artificielles :
Je veux parler ici, bien sûr, de l’Intelligence Artificielle et de son bon usage !
Alors qu’en 2015 le marché de l’intelligence artificielle pesait 200 millions de dollars, on estime qu’en 2025, il s’élèvera à près de 90 milliards de dollars !
L’Intelligence Artificielle (IA, ou AI en anglais pour Artificial Intelligence) consiste à mettre en oeuvre un certain nombre de techniques visant à permettre aux machines d’imiter une forme d’intelligence réelle. L’IA se retrouve implémentée dans un nombre grandissant de domaines d’application (reconnaissance et classification d’images, données médicales, maintenance informatique, trading, cybersécurité, …). La notion voit le jour dans les années 1950 grâce au mathématicien Alan Turing. Dans son livre « Computing Machinery and Intelligence », ce dernier soulève la question d’apporter aux machines une forme d’intelligence. Il décrit alors un test aujourd’hui connu sous le nom « Test de Turing » dans lequel un sujet interagit à l’aveugle avec un autre humain, puis avec une machine programmée pour formuler des réponses sensées. Si le sujet n’est pas capable de faire la différence, alors la machine a réussi le test et, selon l’auteur, peut véritablement être considérée comme « intelligente ». Voilà comment est né le concept.

En France, le pionnier de l’intelligence artificielle, Alain Colmerauer, restera dans l’histoire de l’informatique comme le créateur du langage de programmation Prolog, qu’il a développé avec son équipe au début des années 70 et sur lequel il a travaillé, littéralement, jusqu’à la fin de sa vie. À la fois mathématicien et informaticien, chercheur infatigable et visionnaire, il a perçu très tôt l’intérêt d’inverser la logique de la programmation classique, où chaque action de l’ordinateur doit être programmée très précisément, pour créer la programmation logique. Cette programmation déclarative décrit un univers auquel on s’intéresse et l’utilisateur soumet au programme des requêtes qui sont analysées par un algorithme qui fournit les réponses déduites du modèle programmé. Cela constituait les principes fondamentaux de l’Intelligence Artificielle. J’ai eu la chance de faire partie de ses élèves sur le Campus de Luminy début des années 80. Un grand Monsieur. Il est décédé à Marseille le 12 Mai 2017.

Cédric Villani, Médaille Fields de Mathématiques et chargé de Mission auprès du gouvernement, définit l’IA de la façon suivante : « Ensemble de techniques qui permettent de faire des tâches qu’on aurait crues réservées aux humains, naïvement ».

Tout cela fait que le Métier de Manager va être remis en question avec cette nouvelle Technologie. Lorsque l’on parle d’Intelligence Artificielle, on parle de coopération pérenne entre l’homme et la machine. Mais quelles sont les tâches qui resteront l’apanage de l’humain ? Quelles sont celles qui seront dédiées aux machines ? Quel sera le devenir de l’homme dans tout cela ? Le Manager sera-t-il remplacé par la machine ? Si tout le monde (ou presque …) est d’accord aujourd’hui sur la nécessité de réaliser la transformation digitale des entreprises, le questionnement sur la posture à adopter face à l’IA commence à se poser…

Dans le domaine du Management, à très court terme, l’IA pourra prendre en charge des tâches administratives à faible valeur ajoutée, ce qui permettra au Manager d’allouer du temps sur des missions à plus forte valeur ajoutée et sur le développement des relations humaines. L’IA permettra l’automatisation de beaucoup de tâches administratives comme la gestion des rendez-vous, de l’agenda, la gestion des attributions de ressources, le reporting, la gestion des conformités, … Plus de 60% des Managers sont convaincus aujourd’hui de l’apport efficient de l’IA dans la gestion des tâches administratives.

Les Managers intermédiaires ou de petites sociétés n’ont pas l’occasion d’avoir à disposition une aide administrative. Il leur faut tout faire ! Avec l’IA, les tâches administratives et répétitives seront réalisées et le Manager pourra se concentrer sur des tâches à plus grande valeur ajoutée comme l’innovation, la créativité et les relations humaines. Il aura un rôle où il devra prendre plus de hauteur, moins opérationnel, moins « technique », un rôle plus stratégique, et devra faire preuve de plus d’esprit critique. Il devra à la fois manager ses équipes et manager ses « robots » dotés de cette Intelligence Artificielle. Il devra aider, accompagner, coacher ses collaborateurs tout en définissant le périmètre d’actions de l’IA dans ses missions. Il devra arbitrer entre l’humain et la machine dans cet exercice et faire en sorte de développer la valeur ajoutée de ses équipes sur des tâches non délégables aux machines ou aux robots.

Comme nous venons de le voir, l’intelligence artificielle regroupe l’ensemble des techniques qui permettent de créer des machines capables de simuler l’intelligence humaine. Elle est dotée de différentes capacités dont la logique, la résolution de problèmes et surtout l’apprentissage. Elle se positionne plutôt comme une aide à la décision et à la prévision pour les Managers.

Selon les principaux dirigeants qui ont été consultés par le Boston Consulting Group en mars 2018, l’IA aura des effets bénéfiques sur le travail des collaborateurs : réduction des risques d’erreur (83%), montée en compétences (77%), réduction des tâches dangereuses (62%), amélioration de l’intérêt et de la valeur ajoutée du travail (62%)… Toute l’habileté et la Valeur ajoutée du Manager se baseront sur la façon dont il saura gérer l’IA pour son bénéfice et celui de ses équipes.

 

En conclusion, on peut dire qu’un Manager « Augmenté » est celui qui saura acquérir des compétences en Agilité, en Créativité, en Digital, en Collaboratif et en gestion de l’Intelligence Artificielle. Il devra également acquérir des compétences en Leadership. On peut vous nommer Manager mais l’on ne peut pas vous nommer Leader. Un Leader est quelqu’un que l’on suit et qui a de l’influence sur l’organisation.

Il faut savoir repérer ses comportements de leader pour :
• Influencer
• Persuader
• Impulser
• Mobiliser les hommes et les organisations

Et développer sa capacité à :
• Faire partager sa vision
• Motiver les acteurs
• Manager les situations d’incertitude et de changement
• Communiquer efficacement

Le Manager doit donc être un homme Agile, un homme Créatif, un homme Digital, un homme Collaboratif, un homme Artificiel et avant tout un Leader (homme ou femme bien sûr). C’est cette somme de compétences qui fera du Manager une personne adaptée à toutes les situations, capable de réactivité et de pro activité, concentré sur les tâches à forte valeur ajoutée et en capacité de fédérer et motiver ses équipes pour cela.

A l’heure du Big data, le challenge est à relever !

 

Jean Alessandri

Directeur des programmes à l’IFG Executive Education